Revue Africaine des Livres

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Voici la Revue Africaine des Livres. Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) en a décidé le lancement à l’occasion du trentième anniversaire de sa fondation. Pareille commémoration, loin d’être formelle, s’accompagne d’un plus dans le dispositif mis en place pour une meilleure connaissance de notre continent. Le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), Oran (Algérie), et qui édite un certain nombre de publications (dont la revue INSANYAT) se félicite, suite à l’appel d’offres lancé par le CODESRIA, de participer à cette oeuvre collective africaine aux côtés du Forum des sciences sociales (FSS) d’Addis-Abeba (Éthiopie). C’est manifestement un nouveau et double défi que le CRASC a accepté de relever : participer à une entreprise africaine tout en élargissant l’horizon intellectuel de ses chercheurs.
La Revue Africaine des Livres/African Review of Books (ARB) porte en elle une double exigence académique et sociale, celle de lire l’Afrique. Face à la politique de mondialisation (dixit Pierre Bourdieu), il devient impératif de présenter ce qui s’écrit en Afrique et sur l’Afrique.

De l’Afrique, il n’est question le plus souvent que de guerres, de pandémies, de catastrophes humanitaires et naturelles, de sécheresse, de maladies endémiques. Par contre il n’est que rarement question de toutes celles et tous ceux qui, dans leurs universités, dans leurs centres de recherches, essaient de produire des connaissances toujours plus fines sur notre continent. Il est vrai que le caractère extraverti des économies africaines, pour la plupart tournées vers les pays du Nord, la faiblesse des flux internes de circulation des informations scientifiques et culturelles, le tout accentué par les rivalités inhérentes aux découpages territoriaux, ont certainement contribué aux cloisonnements et à l’enfermement dont souffre la recherche scientifique dans nos pays.

En effet, cet enfermement dans les espaces nationaux ne pouvait qu’amener à la question du statut des savoirs autochtones : sont-ils condamnés à rester de simples consommateurs passifs des connaissances et des paradigmes produits ailleurs, ou, au mieux, à être des sous-traitants dont le rôle est de produire de l’information ? Ainsi l’accès à la connaissance de l’Afrique et sur l’Afrique se trouve-t-il être tributaire des sources et données extra- africaines. Il n’est que rarement question également de ce savoir capital que constituent les travaux académiques qui dynamisent le processus d’accumulation des connaissances d’origine endogène et des efforts fournis pour le maintenir à un niveau scientifique international.

En fait, la connaissance, produit social par excellence, ne peut se déployer qu’en fonctionnant comme un capital commun et en circulant à l’intérieur de la communauté scientifique africaine d’une part, et entre cette dernière et le reste du monde d’autre part.

C’est là envisager une stratégie de développement basée sur l’analyse et l’accumulation des savoirs. C’est le sociologue Jacques Berque, fin connaisseur de l’Afrique du Nord, qui écrivait quelque part : « il n’y a pas de sociétés sousdéveloppées, il n’y a que des sociétés sous-analysées ».

La finalité de la Revue Africaine des Livres/ARB est justement de servir de lien et de trait d’union entre tous ceux qui portent un intérêt scientifique à l’Afrique, en faisant connaître le plus largement possible ce qui est produit ici et ailleurs ; en impulsant des échanges dans la continuité de ce que font le CODESRIA et d’autres institutions de recherche en Afrique et à travers le monde.

En prenant le pari de la Revue Africaine des Livres/ARB dans sa version en langue française, le CRASC mesure les risques, notamment celui de ne pouvoir être exhaustif dans l’exposition de la production intellectuelle.

Avec l’aide du CODESRIA le défi est relevé, le risque assumé ; ils sont à la mesure d’une ambition commune dont le CRASC se fait fort d’être l’artisan : nous mettrons tout en oeuvre en effet pour être à la hauteur de la confiance qui a été placée en nous et de la responsabilité qui nous incombe, en comptant bien entendu sur la collaboration de tout un chacun. Vos contributions sont les bienvenues. Elles feront la Revue Africaine des Livres.

Auteur

CRASC

Africa Review Of Books / Revue Africaine Des Livres

Volume 1 N° 1, Octobre 2004