Tiers - Monde : Ces « Pondeuses » Qu’on Ne Saurait Voir

Violence et corps des femmes du Tiers-Monde: le droit de vivre pour celles qui donnent la vie
par Jacqueline Des Forts
L’harmattan 2002 (Rééditée par ANEP, Alger 2003), 286 pages., 450 Dinars
Algériens, 2-7475-1732-2
 
L’ouvrage de J. Des Forts s’adresse à tout être humain doué de conscience et de raison. Il pose des questions essentielles touchant à l’éthique, au respect de la vie humaine, au respect des droits naturels des femmes. Les femmes sont les fondements de toute société, sans elles la vie ne peut continuer d’abord parce que c’est elles qui donnent la vie, ensuite ce sont elles qui élèvent, éduquent, soutiennent petits et grands. Et paradoxalement, ce sont elles qui sont les plus maltraitées du fait même qu’elles soient femmes. Mais être femme du Tiers-Monde lui ajoute une tare supplémentaire qui fait qu’elle sera utilisée pour des expériences honteuses menées, par des puissances occidentales (laboratoires pharmaceutiques, etc.)
 
J. Des Forts a été sage-femme au Maroc puis en Algérie où elle arrive en 1963. Elle décide de faire ses études de médecine et de rester définitivement en Algérie qu’elle ne quittera plus depuis cette date, 1963. Sa participation à des colloques et congrès internationaux élargira ses connaissances sur les conditions de vie des femmes des autres pays du Tiers-Monde. Témoin d’un demi-siècle de l’évolution obstétricale, l’auteur consacre, justement, la première partie de son ouvrage aux « violences obstétricales » : même si les connaissances dans ce domaine ont fait des pas de géants, leurs bienfaits ne profitent nullement à toutes les femmes du monde et encore moins aux femmes du Tiers-monde qui continuent jusqu’à aujourd’hui à mourir des suites de la grossesse ou de l’accouchement : 500.000 à 600.000 femmes meurent encore chaque année de complications obstétricales, faute de soins !
L’auteur aborde les souffrances que subissent ces femmes, les accouchements à la maison sans même la présence de la sage-femme. Elle dénonce la mauvaise qualité des soins dans les maternités et hôpitaux due à la vétusté de ces structures et du manque de moyens matériels et humains. Ce qui est dramatique c’est que selon l’auteur la situation, après une amélioration durant les années soixante-dix et quatre-vingt, empire puisque le taux de mortalité maternelle est en train de s’aggraver en Afrique et partout dans le Tiers-Monde, en partie à cause de la dégradation des économies de ces pays mais également à cause des programmes d’ajustement structurel imposés par les banques mondiales et le FMI (à titre d’exemple, « Au Nicaragua, en 1989 l’État dépensait 35 dollars par habitant pour la santé ; ce chiffre est tombé à 14 dollars en 1995 » p.74. édition 2002 ).
 
La deuxième partie est consacrée aux violences démographiques : à partir des années soixante, commence l’ère de la contraception médicale avec la pilule et le stérilet. L’auteur présente les politiques démographiques coercitives de certains pays qui vont avoir des effets presque contraires sur la limitation des naissances, alors que les pays qui se sont contenté d’informer et surtout de scolariser les filles, comme l’a fait l’Algérie, ont eu des résultats bien plus significatifs.
 
La démographie « galopante » des pays du Sud faisait très peur aux pays occidentaux qui sous prétexte d’aide, ont fourni des programmes de « maîtrise de la croissance démographique » qui vont de la contraception chirurgicale « volontaire » (contre la volonté des femmes et à leur insu –p.114) à l’expérimentation sauvage de produits rejetés par et pour les femmes occidentales telles que le Dépo-Provéra ou AMR (qui sera injecté à des femmes en leur faisant croire qu’on les vaccinait. P.116) et le Norplant, un implant sous-cutané qui a l’avantage, en plus de sa durée d’action de cinq ans, de ne pouvoir être retiré par la femme elle-même.
 
Les femmes du Tiers-Monde ont servi de cobayes pour des expérimentations eugénistes de produits dangereux pour leur santé physique, leur fertilité. L’auteur parle également de génocide des femmes tibétaines (p.130) qui au nom de la limitation des naissances, des bébés sont assassinés juste avant leur naissance ou à des âges de gestation avancés.
La grande question qui se pose à la fin de cette partie concerne le vieillissement des populations et les dangers de voir « mourir certains pays ! »
 
Les violences sexuelles font l‘objet de la troisième et quatrième chapitre où l’auteur dénonce avec force l’avilissement des femmes : du viol à la prostitution (qui n’est pas le plus vieux métier du monde ! clame l’auteur), la traite des blanches (les femmes de l’Europe de l’Est par exemple, les prisonnières des bordels, les esclaves du trottoir, etc.), les mutilations génitales au «viol légalisé » de la nuit de noce et le culte de la virginité ; rien n’échappe à la colère de J. Des forts qui montre les perversions des conceptions et formulations politiquement correctes. Le corps de la femme doit être respecté ! Il faut briser le mur du silence, d’abord le silence des victimes ainsi que celui des médias et de la société civile !
 
La cinquième partie pose des problèmes graves : après avoir pillé les matières premières du Tiers-Monde, après avoir avili, instrumentalisé le corps des femmes, l’Occident trouve de nouveaux moyens coercitifs tels que les programmes d’ajustement structurel imposés par la Banque Mondiale et le FMI qui imposent aux pays endettés de faire « des économies » sur les secteurs « non productifs » tels que la santé (« c'est-à-dire la protection de la vie humaine ») et l’école («la promotion de cette même vie humaine »), ce qui va faire régresser les pays en développement qui, jusque là, avaient fait des efforts louables pour améliorer la santé et la scolarité des deux sexes et en particulier celle des filles.
 
En se basant sur une expérience, sur un savoir, sur une documentation rigoureuse, l ‘auteur pose les grands problèmes d’abord d’éthique et de bioéthique. Il s’agit d’un cri de colère et un appel aux consciences des scientifiques, ainsi que de tout être humain, à réagir à ne pas se laisser berné par les discours enrobés, le paternalisme et le pseudo-humanisme qui cachent des intentions eugéniques et parfois même génocidaires. Ce n’est pas que l’occident qui est mis en cause, mais aussi les gouvernements qui manquent de discernement, et les femmes du monde entier qui se taisent et se laissent manipuler, maltraiter. …

Auteur

Badra MOUTASSEM - MIMOUNI

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Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres

Volume 02 N° 02 - Septembre 2006

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