Le Développement De l’Afrique en Question

Qui veut développer l’Afrique noire ?
par Ismaïla Diarra (Poudré)
publié à Bamako (Mali) à compte d’auteur en 2004, 102 pp.
 
L’auteur, Ismaïla Diarra Poudré est né en 1943 dans le cercle de Kadiolo au Mali. A la retraite depuis mars 1999, il a été successivement Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité publique du Mali, Administrateur de la Banque Centrale du Mali, Directeur Général Adjoint de la Société Total Texaco Mali et Commissaire (communautaire) de l’Union Monétaire Ouest Africaine. L’auteur tente de répondre à la lancinante question du développement économique, social et politique de l’Afrique. Son discours est structuré autour de trois axes majeurs de réflexion, notamment la notion de développement et ses contours ambigus, les acteurs du non développement de l’Afrique, et enfin les actions urgentes à mener pour sortir le continent de sa situation actuelle. L’ouvrage se termine par une interpellation des chefs d’États africains, sous la forme d’une lettre ouverte.
Le développement et son contour ambigu
Les économistes définissent, en termes généraux, le développement comme la satisfaction des besoins fondamentaux de la population ou l’amélioration de la qualité de la vie. Cette définition, bien que générale, ne fait pas l’unanimité. Elle varie en fonction des écoles de pensée et des éléments utilisés pour mesurer le développement. Le concept n’a pas de mesure universelle propre. Celle-ci s’adapte au secteur que l’on traite. De ce point de vue, il se mesure en terme de richesses accumulées par un pays ; il s’évalue aussi par simple classement des performances des États par domaines d’activité. Le développement se mesure enfin en termes d’investissement par attraction de capitaux étrangers, en quantité de biens produits ou consommés dans un pays, et par rapport à l’espérance de vie d’une population.
 
Le mot français qui se substituerait aisément à celui du développement, sans trop contrarier le lecteur, est certainement le mot “progrès”. Il traduit la notion d’avancée d’un point de départ à un point d’arrivée. Il résulte de la multitude d’appréciations du terme, un réajustement dans son utilisation. Le concept n’est plus utilisé tout seul. Il est accolé à d’autres termes : économique, financier, socioculturel. Les canadiens lui ont substitué la notion du “mieux-être”, qui a l’avantage de traduire l’amélioration et d’inclure l’idée de croissance.
 
Bien que le développement soit une notion ambiguë, le sous-développement, lui, se constate aisément avec son cortège d’insatisfactions et de misères. Au sujet de l’Afrique, l’auteur souligne que les statistiques s’accordent sur l’appauvrissement continu d’une grande partie de la population.
Les acteurs du non-développement de l’Afrique
Les indépendances, acquises au cours de la décennie 1960, ont été le point de départ de la mise en place de régimes politiques africains fondés sur des systèmes politiques totalitaires. Les coups d’État militaires ont constitué des ruptures sanglantes dans la gestion du pouvoir dans toutes les “micro-nations” proclamées dans la précipitation. L’instabilité administrative, le système de népotisme en vigueur en Afrique, la main basse systématique sur les biens de l’État au profit exclusif des nouveaux dirigeants ont fragilisé les économies et ruiné toutes les perspectives de développement. Le potentiel des matières premières de l’Afrique noire aiguise les appétits des grandes puissances. Des contrats singuliers sont accordés aux multinationales qui gèrent les secteurs stratégiques des pays en développement.
 
Aujourd’hui, l’Afrique noire frappe à toutes les portes pour dénoncer le dumping dont elle est victime par le biais des subventions accordées aux agriculteurs des pays développés.
 
Au plan sanitaire, des millions d’Africains survivent grâce à l’aide alimentaire, et cinq cent millions n’ont pas accès à l’eau potable. Le paludisme est l’affaire exclusive des pays tropicaux. Au titre de cette seule maladie, les hospitalisations coûteraient 12 milliards de dollars par an. Au plan financier et juridique, des études ont mis en parallèle le développement économique et la corruption. Ces études évaluent le niveau de la corruption entre 5 et 20% du PNB mondial. Les corrompus sont en général des ressortissants africains. Les corrupteurs seraient les multinationales. Les États africains, en raison du poids de la dette publique, sont toujours sur la corde raide et doivent recourir au Fonds monétaire international. Celui-ci est chargé de surveiller les monnaies et les finances de tous les Etats membres, de leur apporter l’assistance technique nécessaire et de leur accorder des prêts en cas de besoin à des conditions bien définies. Pour éviter les risques de cessation de paiement, les Instituts d’émission (Banques Centrales) qui tiennent les comptes bancaires des États leur accordent des avances. Ces avances, dites statutaires, sont égales à un pourcentage des recettes fiscales. Ceci se traduit par une accumulation de la dette extérieure, assortie de déficits budgétaires colossaux. Le déficit démocratique dans la gestion du pouvoir et les multiples conflits armés compromettent l’avenir économique du continent.
Les actions urgentes à poser
L’action la plus urgente dont le continent a besoin est sans aucun doute l’arrêt des conflits armés. Il faut ensuite mettre en place une politique démographique saine en vue de réduire les trop grands écarts entre les ressources et les consommateurs. La question de l’environnement doit également être prise en charge en valorisant l’énergie solaire pour éviter le piège des multinationales qui ont déjà fait main basse sur les énergies fossiles et en vantent les mérites. Sur la question de la monnaie, l’auteur suggère d’engager une lutte commune pour faire libeller les contrats internationaux en euros et instaurer une monnaie unique à l’image du continent européen. Les réserves d’or et l’expertise locale du continent le permettent. La question de l’éducation doit être abordée globalement à l’échelle du continent, pour rompre avec les politiques ruineuses en vigueur dans les États, pris individuellement.
Observations
L’ouvrage pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Il s’attache à identifier les coupables du non développement de l’Afrique et vise à situer les responsabilités de chacun depuis le Chef d’État jusqu’au fonctionnaire africain en passant par les marchands de canons étrangers. L’analyse de l’auteur essaie de suivre l’histoire des choix politiques et économiques du continent depuis la Traite des esclaves jusqu’au projet du NEPAD. Ce parti pris de l’auteur l’oblige à se limiter à des généralités sans véritablement apporter un point de vue d’expert sur les questions abordées. Par ailleurs, il convient de noter le manque de rigueur dans la démarche scientifique. Les problèmes sont posés de manière péremptoire sous forme de proclamation. L’auteur ne cite pas ses sources et l’ouvrage ne dispose d’aucune référence bibliographique susceptible de corroborer ou d’infirmer les thèses avancées.

Auteur

Adama ALY PAM

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Pages 17

Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres

Volume 02 N° 02 - Septembre 2006

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