Histoire Politique Du Congo

République Démocratique du Congo :
Biographies des acteurs de la Transition (juin 2003-juin 2006)
de Jean Omasombo et Erik Kennes
Centre d’Études Politiques/Musée Royal de l’Afrique Centrale/
Centre d’Études et de Recherche Documentaires sur l’Afrique Centrale,
2006 ISBN 90-75894-84-8, 264 pages
Le Congo à l’épreuve de la Démocratie: Essai d’histoire politique
de Jean-Pierre Lobho lwa Djugudjugu Presses de l’Université de Kinshasa, Kinshasa, 2006, 363 pages ISBN 99951-16-00-0
Vivre ensemble au Katanga
de Donatien Dibwe Dia Mwembu et de Marcel Ngandu Mutombo L’Harmattan, Paris, 2005 ISBN 2-7475-9023-2, 399 pages, 32 Euro

Trois institutions de recherche (CEP, CERDAC et MRAC) ont conjugué leurs efforts pour livrer les biographies des acteurs de la Transition en République Démocratique du Congo (RDC). Juin 2003 marque le début du processus adopté à Sun City en Afrique du Sud avec l’installation du Gouvernement et des autres institutions. Juin 2006 aurait dû être la fin de cet intermède. Malheureusement il a encore été prolongé de quelques mois.
 
L’intérêt de cet ouvrage est d’avoir « rassemblé des éléments qui décrivent le cheminement sociopolitique des acteurs. Il s’agit d’un instrument qui donne un panorama de la classe politique congolaise ... » (p.5). Huit cent trente neuf notices biographiques ont été ainsi réunies. Un examen attentif de ces articles inspire trois lectures.
 
La première porte sur l’existence de ces acteurs appelés dans le jargon politique congolais les « pionniers de l’indépendance ». Quarante-six ans après l’indépendance, ils demeurent toujours en service en dépit de leur âge. Ce qui impliquerait le « refus » de l’alternance ou de la retraite. Tel est le cas de Bo-Boliko Lokonga André (72 ans), Bomboko Justin-Marie (78 ans), Kamitatu Masamba Cléophas (75 ans), Losembe Botoanyele, jadis appelé Mario Cardoso (73 ans), Mukamba Kadiata Nzemba Jonas (76 ans) et Kibe Jean-Baptiste (82 ans). Certains parmi eux ont été cités dans l’affaire Lumumba de 1961.
 
La deuxième constatation réside dans la promotion par la belligérance. Autant d’illustres inconnus (vieux et jeunes) se retrouvent aux commandes à la suite de leur appartenance ou participation active aux mouvements rebelles armés. La plupart ne justifient guère d’un cursus scolaire, académique ou socioprofessionnel honorable.
 
La dernière lecture concerne la place accordée au genre dans les institutions de la Transition. Sur un total de 893 acteurs, il y a à peine 85 femmes recensées ! Un peu plus de 10%, cela paraît encore insuffisant.
 
Ces biographies ne renferment pas tous les acteurs. Comme les auteurs l’ont souligné, la collecte des données a constitué un véritable parcours de combattant. Qu’à cela ne tienne, cet instrument a le mérite d’exister parmi tant d’autres.

Le deuxième ouvrage constitue une relecture de l’histoire politique de la République Démocratique du Congo (RDC), pour la période allant de l’Éat Indépendant du Congo (EIC) à la transition politique de 2003 à 2006. Il se compose de quatre chapitres subdivisés en sections. Cette contribution du Professeur Jean-Pierre LOBHO est à considérer comme « un précieux instrument de travail pour la compréhension de l’histoire politique de la RDC » (p. 16).
 
Après avoir passé en revue dans le premier chapitre (p. 29-79), les différents concepts utilisés, l’auteur s’attaque ensuite à la manière dont le pouvoir s’est exercé au Congo (pp. 81-195). Il opère en périodisant sa lecture suivant les divers pouvoirs (EIC, la colonisation belge, les cinq premières années de l’Indépendance et l’époque de Mobutu jusqu’au 24 avril 1990).
 
Le troisième chapitre (pp. 197-303) va de la première transition (1990-1997) en passant par l’avènement du régime de l’AFDL avec Laurent-Désiré KABILA pour aboutir à l’Accord global et inclusif concocté à Sun City en Afrique du Sud.
 
Le dernier chapitre (p. 305-339) traite de la problématique de l’intégration. L’auteur l’aborde par rapport à l’Afrique des Grands Lacs et aux principes qui régissent l’épineuse question de la nationalité et de la citoyenneté au Congo. Il soutient que « la citoyenneté transfrontalière et l’intégration régionale constituent les réponses les plus appropriées et les plus durables aux multiples défis auxquels sont confrontés les États et les peuples de la Région des Grands Lacs » (p. 323).
 
L’auteur termine en faisant des propositions pour l’avenir de la République Démocratique du Congo. Il tient à ce que la RDC ait un pouvoir et une démocratie permettant l’atteinte des aspirations fondamentales des Congolais ; l’édification d’une société empreinte d’égalité, d’humanisme et d’équité ; garantissant le développement et la participation des Congolais a la gestion du pays ; (pp. 349-350).
 
Toute la réflexion développée dans cet ouvrage se déroule à partir de deux piliers que sont le pouvoir et la démocratie.
 
Le Katanga, une des onze provinces de la République Démocratique du Congo (RDC), a été la proie de la guerre ethnique à maintes reprises. En 1960, 1992 et en 1997, les « autochtones » ont souvent visé les « non originaires » ou étrangers à cette entité administrative. Des séquelles ont été chaque fois nombreuses et macabres; des dégâts matériels évalués en milliers de francs.
 
C’est ce drame mettant aux prises katangais et kasaiens qui fait l’objet de cet ouvrage. Deux chercheurs, Donatien Dibwe Dia Mwembu et Marcel Ngandu Mutombo, tous enseignants à l’Université de Lubumbashi et membres de l’équipe de recherche en Histoire comparée de la Mémoire (Université Laval de Québec), ont décortiqué les aspects de cette cohabitation « enrayée ».
 
L’ouvrage comporte une présentation(p. 7-8) de Bogumil Jewsiewicki ; la préface (p. 9-14) d’Erik Kennes et deux parties essentielles : Dibwe D.M. (p. 15-178) et Ngandu M. (p. 179-399).
 
Dans ses « Relectures de l’histoire et transformation des rapports entre les Katangais et la Kasaïens du Katanga », Dibwe Dia Mwembu fait une « analyse du réveil katangais » sous le gouvernement de Kyungu-wa-ku Mwanza. L’identité katangaise exacerbée est replongée dans son contexte historique. Durant les différentes époques de l’histoire nationale, il y a omniprésence de la multiplicité des manipulations politico-ethniques.
 
D’emblée, l’auteur nous fixe sur le contexte historique de son étude en expliquant notamment les facteurs de la présence nombreuse des Kasaïens au Katanga. Il remonte ensuite aux origines de l’éveil de la conscience katangaise. Il scrute successivement les discours officiels, les vecteurs des discours officiels (meetings populaires, interviews et points de presse), les médias, les milieux religieux et intellectuels.
 
Plus loin, Dibwe revient sur les incidents de 1992 et leurs conséquences sur les plans économique, social , démographique, et religieux.
 
En dépit de ce climat conflictuel, l’auteur s’interroge sur les perspectives d’une nouvelle cohabitation pacifique entre les deux communautés. Il explore les diverses voies et en arrive à la constatation que la réconciliation entre les deux communautés a un caractère aléatoire ; les discours qui l’abordent sont une mise en scène, une mascarade (p. 124). Pour lui, « les partis politiques sont à l’origine des conflits ethniques » (p. 126).
 
Dans la dernière section de sa contribution, Dibwe planche sur les autres pistes en envisageant la réconciliation par en bas. Il rappelle divers cas tels la réconciliation entre les Baluba Kasaï et les Bena Lulua,le modèle de réconciliation en milieu rural congolais (cas Songye, cas Luba Katanga).
 
Il termine sa contribution en soutenant que « le conflit kasaïen-katangais est la conséquence des contradictions internes observées au sein de la société urbaine » (p. 151). Y figurent également trois annexes, des notes de référence fouillées et une riche bibliographie indicative.
 
Ngandu Mutombo s’est intéressé aux « Manipulations politiques de la jeunesse : Histoire de la JUFERI ». Dans cette seconde contribution, l’auteur fait l’autopsie du mouvement anti-kasaïen, à savoir le parti UFERI (Union des Fédéralistes et des Républicains Indépendants) de Karl i Bond et sa jeunesse, la JUFERI (Jeunesse de l’Union des Fédéralistes et des républicains Indépendants). Les entretiens ont dégagé les attentes des jeunes instrumentalisés par les politiciens et conditionnés pour être lancés dans la « chasse aux kasaïens ». Après avoir circonscrit le champ de son étude, il livre successivement d’enrichissants témoignages des jeunes de la JUFERI et des jeunes ayant une responsabilité au sein du parti.
 
À la lumière des témoignages recueillis, Ngandu détermine deux facteurs à la base de la manipulation des jeunes. Il y a, d’abord, « les conditions de vie difficiles pour la majorité de jeunes, dues à la dégradation des conditions d’existence depuis la crise débutée en 1973, accentuée à la fin des année 1980 et début des années 1990. Ensuite, le facteur éducatif qui explique pourquoi la majorité des jeunes manque d’esprit critique et analytique pour apprécier cette manipulation » (p. 386). À la fin du texte se retrouvent les références et la bibliographie.
 
Ce livre constitue une référence pour tous ceux qui se préoccupent de la crise congolaise en général. Néanmoins il faut avoir un certain détachement pour en saisir la portée et ne pas retomber dans une autre forme d’exclusion.

Auteur

Noël OBOTELA RASHIDI

Pagination

Pages 15-16

Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres

Volume 03 N° 01 - Mars 2007

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