Les Arabo-Musulmans En Afrique Sub - Saharienne

Étude sur l’Afrique sub-saharienne dans les exploits et les oeuvres des Arabes et Musulmans
(en arabe)
par Abdelkader Zabadiya
OPU, Alger, 2010, 287p., ISBN: 978-9-96101-352-6
 
Le livre d’Abdelkader Zabadia, professeur à l’Université d’Alger, constitue l’une des références historiques les plus récentes sur l’Afrique sub-saharienne en langue arabe. C’est une collecte de biographies de rois, de savants (« oulémas ») et de célèbres guerriers Arabo-musulmans qui ont vécu dans les régions sub-sahariennes. L’auteur tente, à travers des archives et des manuscrits, de donner un large aperçu des zones se trouvant au croisement de la civilisation arabo-musulmane et de celle de l’Afrique noire dans la période allant du XIIIème au XIXème siècle.
 
Le premier chapitre du livre est consacré à l’histoire géologique et archéologique du continent noir. L’auteur présente les premières étapes d’évolution de « l’Homme Africain », ses principales lignées généalogiques, ses produits alimentaires et sa découverte du feu comme événement capital, notamment au niveau des relations de pouvoir.
 
Les migrations arabes vers l’Afrique se trouvent au centre du deuxième chapitre de cet ouvrage. Selon l’auteur, la péninsule arabe était à l’origine de plusieurs vagues de migrations vers l’Afrique sub-saharienne. Il rapporte les affirmations des grands historiens Arabo-musulmans tels el-Masoudi, Tabari et Ibn Khaldoun qui affirment que la migration des tribus arabes avait connu deux grandes vagues avant et après l’avènement de l’Islam.
 
L’auteur considère cette seconde vague de migration arabe comme la plus importante car elle est celle de tribus entières, de réfugiés et même de rebelles. Il donne également l’exemple des Arabes «choua» qui se sont installés sur l’Est de l’Afrique, celui du détachement militaire envoyé par le calife omeyade Abdelmalek Ibn Marouâne qui s’est installé dans les côtes de la Somalie, et cite aussi les cas des rebelles d’Oman qui ont fui vers l’autre rive de l’Océan indien, l’émigration des « zaydites », l’émigration des « nabhâniyine » et bien d’autres émigrations.
 
L’auteur rappelle aussi dans cet ouvrage une réalité historique : le fait que la présence arabe dans cette région est plus ancienne que celle des Européens ; les Arabes y ont établi des principautés (« imârât ») pour des raisons sécuritaires et commerciales telles que imârat Zanzibar fondée par es-Sayed Saïd et imârat Tanganyika fondée par Mohammed Ibn Khalfân connu sous le nom de « Romaliza ».
 
L’auteur a consacré les autres chapitres de son livre à la vie de savants célèbres et de chefs de royaumes ainsi qu’à leurs œuvres. Dans ce qui suit, nous allons suivre les traces de ces œuvres à trois niveaux :
1- Niveau économique
La motivation des conquêtes arabo-musulmanes dans la région subsaharienne, et dans d’autres régions du monde, n’était pas seulement ou strictement religieuse (diffuser l’Islam), mais aussi économique, en ce sens que le but était la domination du commerce international. L’Asie, l’Europe et l’Afrique étaient les  «réservoirs» de grandes quantités de marchandises qui circulaient d’un continent à un autre : l’or, l’ivoire, le sel, mais aussi les esclaves. La sécurité et la gestion des milliers de caravanes exigeaient donc une autorité sur les tribus et les routes. Ce qui nécessite une loyauté politique et religieuse, ces Arabo-musulmans ont donc investi largement ces deux champs pour entretenir cette loyauté.
2- Niveau religieux
Les savants et les érudits (les « oulémas ») de la région ont consacré leurs œuvres et leurs vies à diffuser un Islam « originel », c’est-à-dire loin des hérésies. L’auteur cite Mohammed samba Mumbiya (1765-1852), né dans la région de Foutajaloune (la Guinée actuelle). Ayant été l’acteur principal dans la diffusion de la langue Foulane comme langue d’écriture, ce savant n’était pas seulement considéré comme un réformateur religieux puisqu’il considérait que « l’ignorance des règles de la langue arabe constitue un réel handicap dans la compréhension et l’interprétation du texte religieux » (p. 54).
 
L’auteur cite aussi une autre personnalité arabo-africaine : Abou Baker es-Sadik (1790-1860). Malgré sa condition d’esclave, il a laissé deux autobiographies : la première lorsqu’il était esclave à la Jamaïque, et la deuxième lorsqu’il était à Londres. Abou Baker es-Sadik emploie la langue arabe aussi bien dans ses textes que dans son travail de comptable.
3- Niveau politique
La plupart des oulémas ou des savants étaient aussi des chefs de tribus et des guerriers. L’auteur donne l’exemple d’el-mami Abdelkader, homme de guerre et de religion qui a instauré un régime politique fondé sur la doctrine de l’imamat et sa dynastie avait recouvert toute la région d’« el-Foutatour » au Sénégal.
 
L’auteur cite un autre Imam, Samouri Touri (1830-1900), qui a dominé une grande région couvrant l’actuelle Côte d’ivoire, la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia, l’Ouest du Cameroun et quelques parties de Burkina Faso. Sa dynastie était partagée en des provinces gérées par des chefs paramilitaires avec l’aide des oulémas et des magistrats. Les historiens et les militaires français qui ont visité l’Imam ont donné des témoignages très intéressants concernant son mode de vie et le niveau d’organisation de ses troupes militaires, et surtout son courage durant sa résistance.
 
Un autre exemple est rapporté par l’auteur, celui d’une action « djihadite » contre le prince de la dynastie de « Gobir » au Nigéria actuel. Cette action était dirigée par Cheikh Othman Ben Fouda et, après plusieurs combats, il a fini par vaincre le prince africain et instaurer un Etat avec quatorze provinces sur les terres des Houssas. Plus qu’un homme de guerre et de politique, Cheikh Othman Ben Fouda était un savant érudit et a laissé des œuvres très importantes.
 
Cette famille des Fouda-s a donné un autre savant : Abdallah Ben Fouda, frère de Cheikh Othman, décédé en 1830, et Bielo Mohamed ben Othman qui était un guerrier et un poète.
 
L’auteur nous présente dans son livre plusieurs autres personnalités de la région sub-saharienne. Même si elles n’étaient pas africaines, elles avaient visité ou avaient des écrits sur cette région : Ibn Batouta, Ibn Hawkal, Mohamed Ibn Abdelkrim el-Maghili, Hassan el-Wazzan, el-Isstakhri, el- Bakri, Abou el-Hassan ben Saïd et bien d’autres.
 
A la fin de l’ouvrage, l’auteur n’a pas oublié d’évoquer l’importante influence des confréries sur l’ensemble de cette région et le rôle de ses disciples à travers l’histoire. Ainsi, il présente les trois fondateurs des plus importantes confréries, même s’ils n’étaient pas tous des Africains : Abdelkader el-Jilani (mort en 1166), Ahmed Tijani (mort en 1815) et es-Senoussi Mohamed ben Ali (mort en 1859). Il présente aussi Ahmed Bamba M’Baki (mort en 1927) qui a fondé la nouvelle confrérie « elmouridiya » comme orientation mystique séparée d’« el-kadiriya ».
 
Cet ouvrage, très intéressant par son contenu bio-bibliographique, nous a donné une vue très large sur la vie aussi bien économique et politique que sociale et culturelle de la région sub-saharienne jusqu’aux prémices de la colonisation européenne. L’intérêt de l’œuvre d’Abdelkader Zabadia ne sera encore plus important que par la continuation de son travail sur la période coloniale.

Auteur

Hamza BACHIRI

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Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres

Volume 08 N° 01,​ Mars 2012

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