Revue Africaine des Livres

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

​Lire l’Afrique (Anthologie)

d’Amina Azza Bekkat,
 Editions Tell, 2010, 219 pages,
ISBN 978-9961-773-54-3
 
Il est important de garantir la connaissance d’une culture. C’est pour cette raison qu’Amina Bekkat, enseignante universitaire à Blida (Algérie), s’est chargée de contribuer à cette tâche et a écrit un ouvrage qui fait un bel éloge à la littérature africaine noire.
 
Le livre dont il est question semble coïncider avec l’année du cinquantenaire de l’indépendance de nombreux pays africains, maghrébins et subsahariens. Amina Bekkat a intitulé son ouvrage Lire l’Afrique (et a fourni une œuvre d’environ 220 pages). Elle a choisi des textes de plusieurs auteurs africains de différents horizons et de différentes sensibilités dont la plupart s’interrogent, entre autres, sur le sens de ces indépendances. D’ailleurs, Tierno Monenembo le signale dans la préface qu’il a écrite pour l’Anthologie avec la mention de mouvance par rapport à laquelle écrivains et poètes répondent à des réflexions diverses où ils mettent l’accent sur les procédés à suivre pour renverser les obstacles et changer les sociétés.
 
En présentant cet ouvrage l’auteure écrit : « Le jour où Kateb Yacine sera devenu familier aux lecteurs de Dakar et d’Abidjan et Ahmadou Kourouma parfaitement visible dans les bibliothèques et les librairies d’Alger et de Casablanca, croyez-moi, ce jour-là, le Sahara ne sera plus un obstacle ». Ces mots sont de Tierno Monenembo ; il est question de mettre en valeur des réflexions bien singulières et critiques de plusieurs intellectuels d’Afrique et de la diaspora qui formulent manifestement, chacun à sa façon, sous l’angle de son choix, sur le parcours de ces cinquante années de liberté qu’elles soient réelles ou encore chimériques. Les supports textuels recoupent des pensées d’ordre à la fois politique et historique, le dessein de cet ouvrage étant de susciter et d’attiser des débats en Afrique.
 
Dans ce compte-rendu, nous tenterons de mettre en lumière la profusion en termes de connaissance de cet ouvrage qui est composé de plusieurs registres.
 
Dans un premier temps, l’auteure présente Le temps des épopées où on retrouve des récits qui célèbrent des exploits de personnalités dont les noms marquent encore l’Histoire. Le temps des épopées regroupe les auteurs comme Camara Laye dont l’inspiration a eu comme origine le capital aussi bien oral qu’historique. L’Anthologie s’ouvre avec des noms phares tels Thomas Mofolo, puis Djibril Tamsir Niane, un auteur guinéen.
Dans le second registre, des Précurseurs sont annoncés. L’auteur entend par précurseurs les concepteurs d’une nouvelle ère fortement scellée au présent ; on y retrouve les auteurs suivants : Camara laye, Hampaté Bâ, Cheikh Hamidou Kane, Sembene Ousmane et Mongo Beti, des extraits de textes suivent la présentation de chaque auteur.
 
Le troisième répertoire comprend une Saison d’Anomie avec en tête de liste Wole Soyinka, cet auteur anglophone nigérian qui a marqué la littérature africaine en conquérant un prix Nobel de littérature. En désignant sous ce terme d’anomie la période qui a suivi les indépendances, d’autres noms se suivent dans la même lignée tels que : Ahmadou Kourouma, Henri Lopes, Wiam Sassine et Sony Labou Tansi dont les œuvres sont fort présentes aussi bien sur un plan productif que créatif.
 
Une inspiration toujours renouvelée, avec les nouvelles écritures, trouve sa source justement dans les situations créées par les indépendances et constitue la quatrième part de l’ouvrage avec des noms phares de la littérature africaine noire choisis par l’auteure de cet ouvrage tels : Tierno Monénembo, Sami Tchak, Fatou Diquesome, Tanella Boni et Bessora.
 
L’avant dernier répertoire prend comme titre Une Ecriture Nomade. Cette partie prend en charge les guerres et les bouleversements politiques, comme avec Waberi qui a introduit une nouvelle forme d’être au monde. On retrouve d’autres noms qui ont recréé de nouvelles formes de dire avec Werewere Liking et Alain Mabanckou.
 
Enfin, l’ouvrage s’achève avec le registre des Essais. Celui-ci place les littératures d’Afrique subsaharienne avec une particularité relevée : fictions, pièces de théâtre et poésies sont le prolongement de cette cogitation. Des noms célèbres assurent la survivance de ces essais notoires des plus anciens, nous citerons : Edward Byden, René Maran et des plus récents Aimé Césaire. Chaque écrivain est présenté par une photographie, une brève biographie ainsi que des extraits de ses romans ou des passages de poèmes.
 
Cet ouvrage représente un ensemble de repères garantissant ainsi la compréhension de ces littératures qui sont appuyées par des biographies et des textes, et aussi des commentaires. Bekkat a trouvé important, voire nécessaire, de réfléchir à la fois à partir des textes et à propos des textes : « Les textes littéraires abordent la réalité de façons diverses. Ce sont des œuvres de facture inégale, des grands textes et des témoignages plus simples, mais il est important de les recenser », a cité l’auteure.
 
Cette Anthologie a pour vocation de rassembler un certain nombre de textes qui appartiennent à la littérature d’un pays et même d’une ère. Son objectif premier est de permettre aux étudiants et aux chercheurs d’établir des noms et de constituer des références aussi générales que précises sur certaines connaissances. L’auteure a pour but de véhiculer cet autre imaginaire qui reste assez méconnu auprès du lecteur maghrébin. Un imaginaire entre autres fort pertinent en termes de représentations et de dimensions.
 
Les textes sont tirés de la littérature francophone subsaharienne, cependant Amina Azza Bekkat a trouvé opportun de présenter quelques auteurs anglophones, ce qui permet une ouverture linguistique et installe, de ce fait, le lecteur dans une dimension de diversité pour ce qui est des expressions et des manifestations africaines.
 
En fait, cet ouvrage prend tout son sens, notamment après l’immense rencontre qui a eu lieu en 2009, il est question du festival panafricain qui s’est tenu à Alger et qui a revivifié la flamme en suscitant l’engouement de diverses thématiques qui restent d’actualité. Il semble que l’auteure s’est imprégnée de tous ces évènements scientifiques pour donner naissance à cet ouvrage. Un ouvrage qui porte en lui des mots d’ordre en installant des stigmas qui rompent avec le paysage des illusions égarées, en allant à l’encontre de l’Afro pessimisme, et enfin pour paraphraser Soyinka, lutter contre la « décolonisation de la conscience ». Oser, inventer et créer sont et resteront toujours des verbes primordiaux pour la production littéraire.

Auteur

Kahina BOUANANE-NOUAR

Pagination

Pages  23

Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres

Volume 09 N° 01,​ Mars 2013