Nelson Mandela : se soumettre ou combattre

Nelson Mandela. Un long chemin vers la liberté,

écrit par Nelson Mandela, 

Edition Fayard, Paris, 2013,768 pages, ISBN-978-2-253-14063-4.

 

 Introduction

Premier président noir de l’Afrique du Sud, décédé le 5 décembre 2013, Nelson Mandela, de son vrai nom Xhosa Rolihlahla[1] Madiba (son nom du clan), Nelson étant le prénom que sa première maîtresse d’école lui donna. Il naquit à Mvezo, un petit village de campagne au bord de la rivière Mbashe, dans le district d’Umtata, la capitale du Transkei. Sa famille est d’origine royale (Thembus), l’année de sa naissance (18 juillet 1918) coïncida avec la fin de la première Guerre mondiale, elle fut aussi celle de la grippe espagnole dans le monde et de la participation du Congrès Africain National (ANC) à la Conférence de paix de Versailles.                                                                                                                  

L’idée d’écrire ses mémoires est née en prison à la demande de ses camarades de cellule, qui ambitionnaient de rappeler au peuple sud-africain pourquoi ils luttaient. Ils espéraient que ce manuscrit deviendrait une source d’inspiration pour les jeunes combattants de la liberté. Ainsi, Nelson Mandela. Un long chemin vers la liberté est une autobiographie retraçant la trajectoire de son auteur, inscrite dans le contexte de l’histoire de son pays. C’est un manuscrit incontournable sur les grands mouvements et bouleversements de la fin du XXe siècle, c’est également le témoignage d'un homme dont la destinée fut étroitement associée à celle de son pays (Être Africain en Afrique du Sud signifie qu’on est politisé à l’instant de sa naissance, qu’on le sache ou non) (p. 118). Dans ce livre de onze chapitres, commencé en 1974 au pénitencier de Robben Island et achevé en 1990, Mandela reconstruit l’histoire de son combat contre l’immoralité de l’Apartheid et la brutalité de l’État qui cautionnait ce système. Il nous fait connaitre l'histoire de trois quarts de siècle de lutte contre la loi de la minorité blanche qui faisait de la couleur, l’arbitre unique entre les individus.

Une enfance et une adolescence à la campagne

Nelson Mandela, enfant de la troisième épouse, avait neuf ans quand il quitta une enfance passée dans la nature à jouer, à se battre, à fabriquer des animaux d’argile, à glisser sur les énormes rochers, et à boire du lait au pis des vaches. Son père, Gadla Henry Mphakanyiswa, était chef coutumier, conseiller du roi, mais aussi un faiseur de rois. Sa mère, Noseki Fanny, était du clan Ama-mpemvu.

Nelson Mandela allait à l’école, habillé d’un pantalon tenu par une ficelle aux jambes coupées, dont il était fier, car c’était un vieux vêtement de son père. Après la mort de ce dernier, sa vie a changé et un nouveau monde s’ouvrit à lui en quittant son village Qunu, pour aller vivre à Mqhekezweni où Jongintaba, un chef, devint son tuteur et l’éleva comme son propre fils. Mandela prit peu à peu conscience de l’immensité de l’histoire africaine et comprit que les hommes blancs avaient divisé le peuple noir, et ne lui avaient apporté que misère et déloyauté. Il comprit que l’histoire de l’Afrique du Sud avait commencé bien avant l’arrivée de Jan Van Riebeeck au Cap de Bonne-Espérance en1652. En janvier 1934, comme l’exige la tradition xhosa, Nelson fut circoncis et entra dans le monde des adultes. Il rejoignit le collège de Clarkebury où il fut pensionnaire. Son esprit s’ouvrit quand il quitta Clarkebury pour Healdtown, le plus grand lycée africain au Sud de l’Équateur. L’Afrique grandit encore en lui lors de la visite d’un poète qui inculqua aux lycéens l’importance de la culture noire et leur affirma que les blancs n’ont pas le droit de s’emparer de leur pays. À cette période, Mandela commença à pratiquer la boxe, un sport qui lui apporta assurance et fermeté. En 1938, il entra à l’Université de Fort Hare. Le nationalisme africain ayant cheminé en lui, il prit conscience que les Africains de toutes les tribus ont beaucoup de choses en commun. En plus de ses études, il participa à ses premiers combats pour la démocratie.

À Johannesburg, où il ouvrit son premier cabinet d’avocat en août 1952 et où il rencontra sa première femme Evelyne, un nouveau monde s’ouvrit à lui, un monde de convictions et de débats politiques. Ne s’entendant pas avec les responsables du Congrès National Africain (ANC), il fonda avec Walter Sisulu et Oliver Tambo la Ligue de jeunesse (dont le président fut l’avocat Anton Lembede-Mandéla). Cela fut l’un des premiers actes politiques de Mandela qui, à cette époque, était fermement opposé à l’entrée des communistes ou des blancs dans la Ligue.

Mandela : une vie dédiée au combat

Un certain nombre d’événements ont influencé le développement de la conscience politique de Mandela. On peut citer :  la grève des mineurs de 1946 à l’initiative de J.-B. Marks, Dan Tloome, Gaur Radebe et d’un certain nombre de militants  ouvriers de l’ANC et du syndicat des mineurs africains (AMWU) ; les  élections de 1946, de l’Asiatic Land Tenure Act, initiées par le gouvernement Smuts qui restreignait la liberté de déplacement des indiens et délimitait les zones dans lesquelles ils pouvaient résider et commercer ; la résistance passive de la communauté indienne conduite par le Dr. Dadou et le Dr. G.-M. Niker, président du Natal Indian Congress Party. Son élection en 1947 au comité exécutif de l’ANC sera une étape marquant son engagement officiel dans l’organisation. Les élections de 1948 vont permettre à Mandela de comprendre les fondements idéologiques inflexibles des partis politiques blancs qui encourageaient l’Apartheid et maintenaient les africains, les indiens et les métis dans une position inférieure (loi 1949 interdisant les mariages mixtes, l’immorality Act, incriminant les relations sexuelles entre blancs et noirs, le vote du Group Areas Act, imposant des zones urbaines séparées pour chaque groupe racial…). Inspiré par la lutte pacifique de Gandhi, Mandela mena, tout d’abord, une lutte non violente et ce, afin de préserver l’ANC de la répression du gouvernement. Le succès de la première manifestation du défi et de désobéissance lui coûta neuf mois de prison en 1952. Après son acquittement, il créa le mouvement armé au sein de l’ANC (Umkhonto We Sizwe (MK), qui veut dire « la lance de la nation ». En février 1962, il conduisit la délégation de l’ANC à la Conférence d’Addis-Abeba, ce qui lui permit de trouver un soutien politique et financier à l’action militaire et, plus important, un lieu d’entrainement. L’exemple algérien fut pour lui un modèle qu’il découvrit en visitant le quartier général de l’armée du Front de libération nationale (FLN) à Oujda au Maroc.                                                                                                         

Arrêté de nouveau le 12 juillet 1963, Mandela fut condamné aux travaux forcés à perpétuité avec un groupe d’amis : Walter Raymond, Grown, Kathy, Andrew et Elias. Après vingt ans d’incarcération à Robben Island, il fût transféré avec ses amis à la prison de Pollsmoor puis à Victor Vester. De puissants mouvements politiques se constituaient dans le pays en ce moment contre la nouvelle constitution de l’Apartheid de 1983. Le gouvernement sud-africain subissait une pression internationale de plus en plus forte et des sanctions économiques furent imposées à Pretoria. Confronté à des troubles intérieurs et à une pression extérieure, le gouvernement proposa de libérer Mandela à condition que ce dernier rejette la violence comme instrument politique. Cette situation obligea le Ministère de la loi et de l’ordre à libérer des prisonniers politiques.

Le 11 février 1990, Mandela fut libéré, il est élu à la tête de l’ANC en juillet 1991. En décembre 1991 naquit la Convention pour une Afrique du Sud Démocratique (CODESA), la plus grande convention institutionnelle depuis 1909 et le premier forum de négociation entre l’ANC, le gouvernement et d’autres organisations politiques, de la communauté européenne, du Commonwealth et de l’Unité africaine. Après des mois de négociations, le 3 juin 1993, le Forum multipartis décida d’une date pour les premières élections nationales non raciales. Le 27 avril 1994, pour la première fois dans l’histoire de l’Afrique du sud, la majorité noire alla aux urnes pour élire son président. Un conseil de direction de transition, composé de membres de chaque parti, assura le déroulement des élections dans de bonnes conditions. En 1993, Mandela reçoit le prix Nobel de la paix, une récompense qui a profondément marqué les esprits et en Avril 1994, il devint le premier président noir de l’Afrique du Sud.

Conclusion

Nelson Mandela. Un long chemin vers la liberté, un livre volumineux (768 pages) riche en informations historiques, dans lequel il raconte ses souvenirs personnels, voire intimes : une enfance et les rites de passage à l’âge adulte. Fugue  à  Johannesburg, le travail dans les mines et ses études de droit, le premier mariage et le divorce, puis le second mariage avec Winnie, la femme loyale, courageuse et déterminée qui l’a soutenu tout au long de son combat et qui n’a cessé de l’aimer même après leurs séparation. Il décrit son combat contre la discrimination raciale et contre l'apartheid. Il raconte une prise de conscience nationaliste africaine, en analysant   la situation en Afrique du Sud et dans le monde ainsi que les actes de désobéissances et de défi, la clandestinité, la lutte armée et la prison, l’attente, mais aussi l’espoir. Il y a énormément d’émotions dans ce livre, et de quoi être  saisi par le personnage, par  son parcours de vie passé  dans la solitude, pendant un long moment  dans  l’ombre d’une prison, par  son courage, sa patience, sa modestie et sa tolérance. Ce livre est dans un sens, un récit réflexif sur soi et sur son histoire de vie, et constitue à la fois une approche personnelle et collective où l’auteur identifie et analyse les moments importants de son parcours en mettant de l’ordre dans le flux désordonné des événements et situations qu’il a vécues et ce en apportant un témoignage vivant. Dans ce livre passionnant, Nelson Mandela donne du sens à des moments divers de son existence, il nous livre des extrais de ses discours et des lettres écrites à sa famille et à ses amis qui, dans la plupart des cas, furent censurées ou interdites d’envoi par les autorités pénitentiaires. Il donna de la visibilité à une démarche et une philosophie politique tantôt pacifique tantôt violente.

Avant qu’Un long chemin vers la liberté ne soit  publié pour la première fois en 1995, Mandela l’a fait lire au producteur sud-Africain d’origine indienne  Anant Singt, sympathisant, autrefois, du  mouvement anti-racial. Deux mois après la publication du livre, Singh retient la proposition de Mandela de le mettre en scène en lui donnant le droit d’adaptation. En retour Singh, produisit un film dont Mandela était fier. Il est à préciser que le livre Nelson Mandela.  Un long chemin vers la liberté ne fut pas le seul écrit produit par ce dernier, d’autres ouvrages illustrent sa vie, sa pensée et son itinéraire révolutionnaire, tels que, l’Apartheid (1965), Le temps est venu. Discours de Nelson Mandela (1994), suivi de Éveillez-vous à la liberté, discours de Jawaheer Nehru, 14 août 1947 (2010), Une minute peut changer le monde (2011), Conversations avec moi-même (2011), préface de Barack Obama, ou encore, Pensée pour moi-même, Citations (2012). La vie de Nelson Mandela a  inspiré des auteurs, qui à leurs tour  ont retracé la  vie du combat de cet  héros de l’histoire de l’Afrique du Sud : Nelson Mandela, un homme d’exception, par Nelson Kadir (2006), Les chemins de Nelson Mandela : 15 leçons de vie, d’amour et de courage (2012) par Richard Stengel,  Nelson Mandela, humble serviteur de son peuple (2013) par Philippe  Barbeau, et Nelson Mandela, un combat pour la liberté (2014), écrit par Jean-François Demy. 

À sa mort à l’âge de 95 ans, le monde entier lui a rendu un immense hommage, ce n’est que justice pour un leader majeur de l’Humanité.

Notes

[1] Signifie littéralement « tirer la branche d’un arbre », dans le langage courant, cela signifie « celui qui crée des problèmes ».

 

Auteur 

Mokkedem Khedidja 

Pagination 

22 - 23 

Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres 

Volume 11, N° 02 - Septembre 2015 

 

 

 

 

 

 

 

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