Revue Africaine des Livres

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Fils du Shéol , par Anouar Benmalek,

Éditions Casbah, Alger, 2015, ISBN 978-9947-62-081-6, 410 pp.


Né à Casablanca d'une mère marocaine et d'un père algérien, Anouar Benmalek a fait des études de mathématique, ce qui ne le destinait pas à la littérature. Il a enseigné à l’Université des sciences et des technologies d’Alger . Longtemps chroniqueur journalistique, il a également effectué des reportages. Anouar Benmalek est l’un des rares écrivains arabes à consacrer un roman au génocide. Partant de la shoah, il aborde le massacre du peuple Héréros en Namibie que les allemands n’ont reconnu qu’en 2015. C’est pour dire, souligne l’auteur que les génocides existent à l’échelle planétaire, et de ce fait, on doit en parler pour les garder présents à l’esprit.

Il a écrit Ô Maria sur le génocide des arabes et des juifs d’Andalousie, L’enfant du peuple ancien est consacré au génocide des aborigènes d’Australie. Pourtant des voix discordantes, très peu nombreuses, essaient de faire douter des génocides. Le négationnisme (ou le révisionnisme) est puni dans certains pays.

L’holocauste est un sujet qui ne finit pas d’inspirer les intellectuels de tous les temps depuis son avènement. Les témoignages des victimes et des bourreaux motivés, les uns par un besoin d’en parler pour l’exorciser, les autres par un sursaut de conscience. Les moyens de ces témoignages revêtent toutes les formes d’expressions : interviews, films, littérature, peinture, musique, théâtre, etc.

À travers Fils du Shéol, Anouar Benmalek, écrivain arabe et musulman veut faire prendre conscience à ses contemporains de ce qui s’était passé loin de chez eux, il leur était difficile de s’imaginer les atrocités vécues par tout un peuple, autre que celui qui a fait et fait toujours l’objet d’une littérature prolixe. Si le monde entier a pris connaissance de la shoah en Allemagne, rares sont ceux qui connaissent le vrai génocide du XXe siècle, génocide d’un peuple à l’extrême sud de l’Afrique, les Héréros et les Namas, et toujours par les Allemands. Dans une interview, Anouar Benmalek révèle ses motivations d’écrire sur la Shoah, réservée généralement aux Occidentaux. Il rejette cette accusation d’antisémitisme qu’on porte à l’encontre de tous les arabes et les musulmans en raison de leur compassion pour les Palestiniens. Il dit que ces génocides doivent être dénoncés, quel que soient les bourreaux et quelles que soient les victimes. C’est l’humanité toute entière qui les subit en tout lieu et en toute époque. D’autres peuples que les juifs ont subi ce malheur avant la shoah. Il parle de l’expulsion des arabes d’Andalousie et de l’inquisition, dans son roman Ô Maria, et dénonce également le génocide des Aborigènes de Tasmanie en Australie, dans son livre L’enfant du peuple ancien.

Ce roman est porteur d’un message moral et pédagogique. Il donne corps aux souvenirs. Il compare, et superpose des faits à près de cinquante ans d’écart. Il constate que la haine de l’Autre n’a point changé près d’un demi-siècle plus tard. L’auteur y convoque l’Histoire, restitue les faits et ressuscite les personnes en donnant des représentants à titre symbolique, des enfants et des femmes.

Fils du Shéol est un roman historique organisé en trois parties, chacune relatant l’histoire des personnages qui se sont succédé à travers le temps, à travers trois générations ; l’histoire de Karl, celle de ses parents, particulièrement son père et enfin celle du drame de son grand-père. Les trois histoires nous sont narrées par Karl, un jeune garçon de treize ans qui en paraît onze qu’on nous présente dans un « lieu » qu’il ne connaît pas « Et c’est quoi ce fichu endroit ? » (p. 50). Sans corps, il est doté de pouvoirs surnaturels qui, hélas, ne lui permettent pas d’interférer sur le cours des événements passés pour modifier les destins des siens comme il l’aurait souhaité.

C’est maintenant un personnage de l’au-delà, un personnage éthéré qui se retrouve affublé d’un compagnon tout aussi immatériel : «Est-ce un ange ? Est-ce un larbin angélique » (p.51).

Parmi les pouvoirs surnaturels dont Karl se voit doter, la capacité à remonter le temps, à fouiller dans l’histoire de ses parents, de son grand-père. L’auteur fait de lui un personnage témoin qu’il envoie dans le passé rapporter des images que l’Histoire n’a pas retenues. Il a fait de lui une « machine à remonter le temps ». Karl prend le départ de l’instant présent, du dernier jour de sa vie à l’instant où il meurt « Et sa dernière journée sur terre lui revient en un énorme coup de poing » (p. 49). Puis il continue son périple vers ce qu’ont vécu ses parents, la mort de son grand-père puis la jeunesse de ce dernier.

Karl, l’enfant

La première histoire, celle de Karl débute dans un wagon à bestiaux où sont entassés une centaine de détenus, tous juifs qu’on mène vers les chambres à gaz. Le voyage est des plus éprouvants. Absence de nourriture, l’eau est rationnée, les toilettes inexistantes « Rien à foutre, chiens de youpins, buvez votre pisse ! » (p. 15). On se dispute le morceau de pain sec trouvé dans les vêtements d’un cadavre. L’air manquait et les passagers suffoquaient sous la chaleur. Karl fait la connaissance d’une jeune fille de son âge qui venait de perdre sa mère dont elle soutenait le cadavre sans s’en rendre compte. « Écarte-toi, lui ai-je alors soufflé, elle est morte, la vieille n’a plus besoin qu’on l’aide » (p. 18). La jeune fille a eu une crise de terreur, s’est jetée sur Karl. Dans un élan de solidarité, il partagea avec elle une miche de pain qu’il avait prélevée sur le cadavre d’une femme qui venait de mourir. Un sentiment qu’ils semblent découvrir pour la première fois, les rapprocha quelques instants après. Cette histoire d’amour naissante atténua quelque peu ce voyage infernal « Où est-elle, cette mijaurée qui a réussi le miracle, répété, de me faire (presque) oublier mes parents et le sordide mélange de faim, de soif et de peur devenu notre tourment quotidien » (p. 15).

Le séjour dans ce wagon/prison est des plus pénibles, l’obscurité y est quasi-totale « en dépit d’une lucarne grillagée, le wagon était plongé dans la pénombre. La nuit, l’obscurité devenait absolue » (p. 17). Arrivés en Pologne les détenus furent dirigés vers les douches qui se sont avérées être les chambres à gaz. « Dans la salle de déshabillage, il a vérifié à nouveau qu’il y a deux sortes de Juifs parmi les arrivants : ceux qui croient vraiment qu’ils passeront sous la douche afin d’y être désinfectés, et ceux, minoritaires, qui comprennent, dès l’ordre de se débarrasser de leurs sous-vêtements, qu’ils seront assassinés » (p. 104). Karl est de ceux-là, il meurt tout comme Helena, son amour éphémère. À peine avait-il ressenti ce doux sentiment qu’il dut faire face à une mort des plus cruelles, une mort par gaz au milieu de centaines de personnes qui subissaient le même sort.

L’auteur décrit cette mort par asphyxie avec une rare violence, « Mon Dieu, qu’est-ce que tu attends pour intervenir ? Voyons, je ne sais pas mourir, personne ne me l’a appris ! Tu m’écoutes, Menteur ? Je serre mon cou pour ne pas laisser le poison se répandre en moi. Mais je m’aperçois que je m’étrangle. Tu es stupide, idiot : s’étrangler pour ne pas mourir ? » (p. 39). Les mots sont simples mais chargés de violence et de haine.

La chambre à gaz et le crématorium mirent fin à une histoire d’amour qui n’a duré que le temps d’un voyage des plus pénibles et qui menait droit vers la mort.

Les charniers qui en résultent sont indescriptibles, et l’auteur ne nous épargne rien comme il le fera tout au long de son roman noir. Il provoque notre sensibilité, il provoque notre colère et notre dégoût. Beaucoup de sentiments, souvent contradictoires se croisent, se chevauchent et se télescopent. Le lecteur a cette envie de poser le livre pour « souffler un peu» pour échapper à l’angoisse de vivre la situation dans laquelle le confine l’auteur.

Loin de disparaître à jamais de l’histoire, Karl nous est rendu, ou plutôt son « fantôme ». L’auteur le met dans un endroit tiré de la culture juive, le Shéol, séjour de ceux qui attendent leur destin après la mort. De là, Karl va nous raconter dans ses moindre détails, son histoire, celle de ses parents et grand-père. Mais à chaque fois, il nous rappelle son statut « d’esprit ». C’est un procédé inédit, une technique qui va au-delà des récits d’outre-tombe qu’Anouar Benmalek met au service de la narration.

Manfred, le père.

Mais tous ne meurent pas ; des sélections étaient opérées pour faire sortir du lot des détenus – les plus robustes- pour des besognes que les SS allemands répugnaient à accomplir. Les sélectionnés avaient pour tâche d’enfourner leur coreligionnaires et codétenus qu’on avait déjà gazés. Les prisonniers à qui incombait cette horrible et macabre manipulation composaient le sonderkommando. Manfred, le père de Karl en faisait partie. La besogne du sonderkommando, telle celle-ci « En s’aidant de cannes et de fourches, ses (Manfred) compagnons et lui s’affairent depuis plusieurs minutes autour de plusieurs petits cadavres qu’ils mettent de côté, dont un fœtus de petite fille encore glaireux – sa mère a dû avorter en pleine chambre à gaz. » (p. 74) ; ou encore « Avec un pique-feu, il fourgonne à présent dans le four de manière à permettre à tous les morceaux de chair répartis sur les grilles au-dessus du coke d’être entièrement carbonisés. Seuls les os trop grands, ceux du bassin en particulier, partiront ensuite à l’atelier de concassage. » (p. 106), faisait des membres du sonderkommando des êtres déshumanisés. Est-ce l’instinct de survie qui effaçait les séquelles de sentiments qui ressurgissaient à l’instant des pauses ?

Manfred ne savait plus s’il devait se réjouir d’être épargné par la mort « sa victoire qui le rendait si fier de lui-même, était de rester en vie ; ici, dans le sonderkommando, sa défaite est de l’être encore » (p. 67). Ou la souffrance de ne pas avoir pu surmonter sa couardise de ne pas s’insurger et en finir « tout aurait été fini, une rafale de mitraillette et il n’aurait plus été qu’un cadavre de plus, tranquille à jamais, délivré de la peur et du remord d’être aussi couard » (p. 90).

Sa femme et son fils ont été arrêtés séparément et il craignait de retrouver Karl parmi les corps qu’il mettait dans le four. « Il est déjà tombé sur le cadavre de sa femme, quelques jours seulement après son affectation à l’un des quatre crématoriums. » (p. 64). Il a manipulé le corps de sa femme comme il l’aurait fait pour n’importe quel cadavre avec toutefois cette ultime attention d’avoir prié pour elle, ses compagnons d’infortune ont compris et l’ont aidé. Même cette prière n’a pu être menée à terme à cause de la peur « Le récitant n’avait pas terminé la seconde invocation du psaume. Un bruit de pas, puis la voix, toujours furieuse, du SS leur étaient soudain parvenue du couloir. Affolés, les deux servants du four s’étaient emparés du brancard. Une poignée de secondes plus tard, poussé en avant par un troisième prisonnier, le corps de la femme avait disparu à l’intérieur du four » (p. 89). Manfred aurait dû s’insurger, se révolter quitte à mourir, puisqu’il mourra tout de même lorsqu’il ne servira plus à rien ou lors d’une prochaine sélection. « S’il avait dû choisir le moment d’en finir, c’est à ce moment qu’il aurait dû se jeter sur le SS » (p. 90). Il n’avait pu surmonter ce qui l’empêchait de réagir, il voulait vivre encore, « Mais il était resté paralysé, à souhaiter à la fois que l’Allemand lui tire dessus et qu’il l’épargne, sauvegardant provisoirement la sale petite vie » (p. 90). Tout cela s’encombrait dans sa tête alors qu’il regardait sa femme rôtir dans les flammes « alors qu’au contact du feu, dans une dernière imitation grotesque de vie, les bras et les jambes de sa femme se redressaient et qu’éclatait son ventre » (p. 90).

Karl, de son séjour céleste observe Elisa, sa mère comme l’avait fait son père devant le crématorium et certainement par la force de la suggestion il nous ramène au moment où ses parents se sont connus. Au moment où il n’était pas encore né et que grâce (ou à cause) de ce pouvoir dont il s’est vu doté, il nous restitue les faits avec une précision de témoin.

Ce n’est plus la belle Elisa, jeune fille qu’a connue Manfred à Alger, un soir de fête, dans l’ambiance d’une musique envoûtante appréciée par les juifs et les musulmans et qui leur rappelle un sort commun en Andalousie « Assafialadiar Andalous ». Elle avait insisté pour rester vivre en Algérie et ne pas retourner en Allemagne où Hitler avait pris le pouvoir et où on prévoyait la persécution des juifs. Manfred, lui, voulait retourner à Berlin pour assister son père, Ludwig veuf et infirme qui en était à ses derniers jours.

Ils retournèrent à Berlin et, comme Elisa l’avait pressenti, ils furent persécutés, renvoyés de leur travail et privés de nourriture pour être finalement arrêtés et déportés en Pologne avec comme unique accusation, être juifs. Cette seconde histoire d’amour s’est achevée, comme la première, par une mort violente et insoutenable.

Ludwig, le grand-père

Depuis son univers de non-existence, Karl nous narre l’histoire qui ne laisse plus le génocide dans une compréhension uniquement judéo-centrique. Il parle de son grand-père en Afrique où la barbarie et la cruauté se sont manifestées beaucoup plus tôt engendrant le premier génocide du XXe siècle perpétré par les Allemands.

Dans sa marche à reculons dans l’histoire, Karl nous présente son grand-père en compagnie de cette belle jeune fille africaine qu’il a aimée de tout cœur alors qu’il projetait d’en faire simplement une maîtresse qui serait forcément soumise et consentante « Mon Dieu, comment peut-elle être si noire et si belle ? … dans sa situation, elle n’osera rien me refuser ! » (p. 306).

Ludwig avait été exempté par ses supérieurs des missions de persécution des Héréros pour avoir été jugé incapable et indigne d’être un « bon » soldat et il fut confiné à un rôle que tout autre que lui aurait trouvé dégradant. Sa mission consistait « à bourrer plusieurs registres d’indications aussi d’uniformes de parade et de combat, de mercenaires boers, de chevaux, de chars à bœufs, de baïonnettes . . . » (p. 308). Cette tâche lui laissait du temps à passer avec sa maîtresse. À force de multiplier les visites à la ferme où était hébergée Hitjiverwe, la belle Héréro, il se réveilla un matin amoureux « Mon Dieu, se dit-il presque à haute voix, je suis amoureux ! » (p. 310). Un atavisme de la culture allemande, atténué quelque peu par sa judéité, lui fit ajouter « D’une Noire, idiot, et d’une Héréro en plus, tu as donc perdu la tête ? » (p. 310) ; comme le lui a confirmé son ami allemand, le vétérinaire de l’armée « Vous êtes jeune et une femme noire, ce n’est pas vraiment une femme ! La pollution des races est une affaire sérieuse pour nous autres Prussiens » (p. 311). Au même moment, l’armée allemande décimait les Héréros et les ordres donnés étaient de plus en plus explicites et sans ambiguïté « Pas de prisonniers, nettoyer à fond, pendre et tuer jusqu’à leur complète disparition ! » (p. 313).

L’auteur décrit les formes prises par ce génocide africain comme s’il voulait dire que la Shoah avait ses origines en Afrique, que la même horreur insoutenable avait déjà décimé tout un peuple et que ce qu’avaient subi les juifs, les Héréros en avaient déjà été les victimes quarante ans plus tôt. L’auteur parle des fournées d’êtres humains. Ludwig n’y participait pas mais il avait écho de ce que faisaient ses compagnons d’arme « Un soldat lui avait narré avec un drôle de sourire qu’il avait vu (« De mes propres yeux, vu ! » insistait-il) une dizaine de femmes héréros brûlées vives dans leurs huttes sur ordre de leur sous-officier. Ce dernier leur avait rappelé qu’ils avaient ordre de ne pas s’encombrer de prisonniers, encore moins de femmes » (p. 313).

Il avait peur pour celle envers qui il nourrissait un amour sans limite mais il avait conscience de son impuissance à la sauver.

La jeune Héréro voulait fuir et rejoindre les siens, ceux qui sont allés mourir dans le désert du Kalahari. Sachant qu’il s’agissait d’une mort certaine, il voulait l’en dissuader « – Si tu pars, ils te trouveront et te tueront. Dans le meilleur des cas, ils t’enfermeront. Ils te mettront des chaînes au cou et aux pieds, avec un morceau de métal portant un numéro » (p. 315). Il n’osait pas lui dire le peu de considération dans laquelle les Allemands tenaient ces noirs et même les juifs et qu’ils n’éprouveraient aucun scrupule à les exterminer, « La plupart (des idées) tournaient autour de la conviction qu’elle et ses semblables héréros, hottentots ou bochimans appartenaient à une espèce particulière de singes parleurs plutôt qu’à l’humanité véritable des Européens » (p. 318). Et si certains avaient quelques sursauts de conscience, leurs hommes d’église étaient là pour faire taire ce reste d’humanité. « Un homme d’Église balaya leurs derniers scrupules en réaffirmant dans sa bénédiction que les indigènes n’étaient que les dépositaires provisoires de terres promises de toute éternité par Dieu à la race blanche » (p. 319).

Les mauvaises nouvelles qui lui parvenaient et la crainte d’être dénoncée poussèrent Hitjiverwe à s’en aller.

Le long périple qui dura quelques mois finit par s’achever par un retour dans le village. En effet, les Allemands s’étant aperçu de l’erreur commise sur le plan économique décidèrent de ne plus tuer les Héréros et la tribu des Namias pour en faire des esclaves et avoir ainsi une main d’œuvre à faire marcher au fouet. « Les fermiers allemands avaient découvert un peu tard que l’assassinat collectif des Héréros les privait d’une main-d’œuvre vitale dans une région aussi dépeuplée d’Afrique. Le nouveau gouverneur avait donc décidé de remédier à l’erreur économique de son prédécesseur en transformant les rescapés de l’ordre d’extermination de Von Trotha en véritables esclaves au service des entreprises et des colons allemands » (p. 378).

Hitjiverwe avait mis au monde l’enfant de Ludwig qu’elle n’a pas retrouvé à son retour. Elle fut affectée à des travaux physiquement pénibles et s’en acquittait pour nourrir son fils. Les défaillances étaient sévèrement punies. Hitjiverwe devait subir ce genre de correction et son bébé, qu’elle portait sur le dos avait fini par succomber sous les coups que recevait sa mère et il est allé rejoindre son neveu, Karl qu’il ne connaîtra jamais ici-bas mais qu’il découvre dans le Shéol « – Qui es-tu, toi ? Réagit avec une irritation mêlée de frayeur la voix sans âge de celui qu’il a « vu » mourir sous le fouet. C’est ma mère qu’ils frappent, elle a mal, tellement mal ! » (p. 393)

Son état de faiblesse dû à sa léthargie la fit affecter à un poste où elle perdit toute humanité à force de manipuler des cadavres destinés à des expériences en Allemagne. La besogne d’Hitjiverwe « consiste à plonger suffisamment longtemps les têtes dans l’eau bouillante, de façon que les chairs se boursouflent et soient plus faciles à détacher, puis, au moyen de tessons de verre, à achever le nettoyage en ôtant les dernières traces de ligaments » (p. 403).

Un roman noir, dur à travers lequel l’auteur lance un cri d’alarme pour avertir que le ventre de la bête immonde est encore fécond.

Notes

[1] « Grand est mon regret de la perte de nos demeures en Andalousie » (p. 281) 

 

Auteur

Fatma Brahmi

Pagination

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Africa Review of Books / Revue Africaine des Livres

Volume 12, n°02 - Septembre 2016.