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Penser malthusien pour un meilleur développement socio-économique et culturel en Afrique Subsaharienne

Penser malthusien pour un meilleur développement

socio-économique et culturel en Afrique Subsaharienne

Fatima Zohra Boulefdaoui

L’Afrique noire face à l’impératif de la réduction des naissances

Compilation, confrontation civilisationnelle, soucis d’une communauté,

Trajectoire

Par Essè Amouzou

 

Edition l’Harmattan, Paris, 2016, 203 pages, 22€, ISBN : 978-2-343-07815-1

 

 

 

 

C’était vers la fin du XVIIIe siècle, que le révérend Thomas Robert Malthus avait publié son fameux « Essai sur le principe de population »1, mettant en évidence l’importance de l’équation mathématique par ses deux composantes que sont la population et les substances naturelles. Il y exprime donc que : « …la population s’accroît en progression géométrique... Les substances ne s’accroissent qu’un progression arithmétique »2. Cette réflexion malthusienne a fait progresser, au fil de trois siècles, une pluralité d’approches et de débats ayant abouti aujourd’hui à la naissance d’un nouveau concept désigné par : « le développement durable ».

Discuter ainsi, la question du développement durable dans certains pays a toujours été une controverse très complexe qui a suscité une multidisciplinarité des débats et d’actions. Cette multiplicité d’idées a conduit à l’adoption de 17 Objectifs du Millénaire pour le Développement, focalisés sur trois axes essentiels : “éradiquer la pauvreté” ; “protéger la planète” et “garantir la prospérité pour tous”. A cet effet, une bonne mise en oeuvre de ces initiatives oblige une conjonction des efforts par les gouvernements ainsi que les populations : « le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement son produit réel global » (p. 13).

En dépit de toutes ces initiatives et au moment où la plupart des pays concernés par ces OMD ont pu rattraper, plus ou moins, leur retard en matière d’éducation, d’égalité des sexes et surtout de l’élimination de l’extrême pauvreté, l’Afrique subsaharienne, appelée aussi l’Afrique noire (p. 10)3, n’a pas encore été en mesure d’atteindre les objectifs souhaités4. Ce blocage inattendu a été estimé, en premier lieu, par le niveau très élevé de la fécondité mesuré par l’indice synthétique de fécondité (plus de 6 enfants par femme), combiné à la crise économique et financière qui a affecté ces pays en 20085.

Dans ce meme contexte, l’étude d’Essé Amouzou, professeur en sociologie du développement à l’Université de Lomé depuis 2001 et consultant international, aborde la problématique de la croissance démographique et son articulation avec le développement durable. L’approche adoptee est double ; d’un côté, il traite cette question  en tant que personne appartenant à cette entité géographique, et d’un autre côté, comme chercheur travaillant sur les différentes interactions entre la fécondité comme phenomene démographique, le chômage des jeunes africains subsahariens et la migration intra et inter continents comme phénomènes sociétaux. Il s’agit pour l’auteur, d’initier des actions locales ajustées dans une perspective malthusienne, par et pour les pays de l’Afrique noire, cela afin d’aboutir à un meilleur développement socioéconomique et culturel.

En fait, les onze chapitres proposes dans cet ouvrage de 203 pages, sont autant théoriques qu’empiriques et s’articulent autour du questionnement suivant : comment ajuster la dimension de la population subsaharienne « tout en veillant à ce qu’elle ne constitue pas un frein pour le développement social et économique » (p. 29).

Pour répondre à cette problématique, l’auteur initie sa contribution en rappelant les principales notions fréquentes sur la question, ainsi qu’un aperçu sur le contexte général de l’Afrique noire en mettant l’accent sur cette divergence intrinsèque entre la démographie et le développement économique (p. 14). Il analyse, dans un second temps, les situations actuelles et futures qui sont à l’encontre de nombre pays du monde. Ce fait se réfère selon Essé Amouzou non seulement à la faiblesse du système statistique propre à cette zone, mais également à « un comportement variant des individus qui sont soumis à des changements imprévisibles en réactions aux conjonctures fréquentes » (p. 26).

Cette singularité de la croissance démographique liée à « l’habitus socioculturel des communautés de la zone » (p. 39) repose, en premier lieu, sur l’exclusion des femmes infécondes qui résulte des ruptures d’unions, mais en contre-partie encourage la polygamie en réintégrant très vite ces femmes divorcées ou veuves à « la normalité sociale » (p. 39).

Dans cette optique, d’autres facteurs sont aussi déterminants, ils’agit pour l’auteur, d’affirmer qu’une faiblesse des taux de scolarisation, induit une faible utilisation, voire connaissance des moyens contraceptifs, dans le sens où « un ménage instruit est plus enclin à réduire le nombre d’enfants et à espacer les naissances par rapport à un ménage non instruit » (p. 43). Par ailleurs, des taux très élevés de la mortalité infantile et maternelle, qui sont dus essentiellement aux marriages précoces chez les filles adolescentes, associés à une précarité de niveau de vie, sont aussi des leviers de cette croissance galopante.

En outre, « l’instabilité structurelle » et « la grandemobilité » (p. 58) de la population d’Afrique subsaharienne, qui n’étaient connus au paravent que dans le cadre de l’exode rural éprouvé par un rythme d’urbanisation qui dépasse largement celui des pays développés (p. 50), se transformaient, en quelques années, en « migrations intrarégionales et extrarégionales » (p. 59). Ce flux migratoire massif qui a affecté, à la fois, la taille de la population de cette entité géographique comme celle des pays d’accueil, n’était à son tour, qu’un résultat inévitable de nombreux facteurs liés, soit aux conditions de vie très médiocres, ou aux « conflits politiques et militaires » (p. 65). Autrement dit, la mobilité des jeunes Africains subsahariens vers les pays du Nord « résulte plutôt de dynamiques socio-économiques, politiques et culturelles complexes, qui à leur tour ont des influences certaines sur la croissance de la population » (p. 61).

Autrement dit, l’Afrique subsaharienne reste à nos jours parmi les pays du monde qui n’ont pas encore amorcé leur transition démographique malgré les efforts des organismes de cooperation internationale. Ce retardement oblige leurs gouvernements à mener des politiques publiques officielles et sérieuses en termes de réduction des naissances, et qu’une bonne maitrise de ces dernières nécessite aussi un regard sur le développement humain qui doit être formulé autour « des infrastructures sociales qui sont des instruments de support aux mesures de contraception » (p. 200).

Beaucoup de pays d’Afrique du Nord comme l’Algérie, le Maroc, et la Tunisie, ainsi que l’Afrique du Sud et le Ghana ont subi des niveaux très élevés de la fécondité (plus de 7 enfants par femmes) à la fin des années soixante-dix, et ont pu, quand même, diminuer leurs indices synthétiques de fécondité aux alentours du seuil du renouvèlement de la population (2,1enfants par femme) vers la fin des années 2000. Ce recul spectaculaire était à l’origine une conséquence d’une bonne amélioration des conditions de vie en termes d’éducation, de santé reproductive,… etc. Cependant, la transition démographique dans cette zone ne peut être amorcée que si un progress dans le cadre de développement humain est instauré.

Cet ouvrage apporte aux ecteurs une démarche socio-économiques et culturelles issues d’une réalité vécue, et qui ne peut être changée sans s’appuyer sur une meilleure politique publique sociale adaptée au contexte générale de l’Afrique subsaharienne. Il s’agit pour Essé de mettre en œuvre des décisions et des actions nationales et locales, fondées sur l’idée qu’il faut d’abord assurer une meilleure vie et un bien-être des populations en termes de santé, d’égalité des sexes, d’élimination de la pauvreté et notamment d’éducation pour tous. C’est dans cette optique aussi, que les gouvernements d’Afrique subsaharienne doivent investir, « car il est en effet aléatoire de vouloir infléchir la natalité dans des contexts sociétaux où les femmes restent encore en majorité analphabètes et ne disposent pas de moyens pour imposer leurs vues dans les orientations des ménages » (p. 200).

 

Notes

 

  1. Thomas Robert Malthus, 1966 [1798], First Essay on Population 1798, Londres, Macmillan, 396 p.
  2. Donald Rutherford, 2007, « Les trois approches de Malthus pour résoudre le problème démographique », in Population, VOL.62, n°2, Edition INED, Paris, pages 253-280.
  3. Selon le rapport du groupe de pilotage de la réalisation des OMD en 2008
  4. Martin Balepa, Quels équilibres pour l’Afrique subsaharienne ? Croissance démographique et défis pour le développement socio-économique, juillet 2009.
  5. Idem.

 

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